Lettre au rédacteur en chef du magazine Maclean’s
Objet : This poor woman down the street (Cette pauvre femme sur la rue), Mark Steyn, le 2 avril 2008
Monsieur,
La liberté d’expression est le fondement même de la démocratie. Il en est de même pour le mal engendré par les propos haineux. La haine non retenue mine la dignité et le respect auxquels tout le monde est en droit de s’attendre.
Le fait de restreindre l’expression afin d’éviter le mal causé par les propos haineux représente un obstacle difficile contre lequel les démocraties se buttent constamment. Apparemment, Mark Steyn croit que la Loi canadienne sur les droits de la personne va trop loin. Mais le fait est que le Parlement a décidé, et la Cour suprême l’a confirmé, que dans des occasions limitées, il est justifiable de restreindre l’expression pour empêcher que des citoyens soient victimes de propos haineux. Il ne s’agit pas de la vision arbitraire de la Commission. C’est la loi de notre pays.
Il serait bon d’organiser un débat basé sur les principes à partir desquels il serait possible de tirer une ligne entre la liberté d’expression et les propos haineux. Après tout, c’est ce dont parle la liberté d’expression.
On s’attend à ce que des opinions fermes soient formulées, mais le débat devrait être basé sur des faits, et non sur des spéculations. M. Steyn se plaint des techniques d’enquête de la CCDP. Cependant, il n’appuie pas ses doléances et cite plutôt des théories qui ne s’appliquent sur rien et qui circulent sur Internet. La Commission a nié ces allégations à propos de techniques d’enquête déficientes.
Pourquoi est-ce que cette question est si importante? Parce que les mots sont importants. M. Steyn veut nous faire croire qu’ on devrait accorder la liberté d’expression de tous les mots, dont les propos haineux. L’histoire nous a montré que les propos haineux peuvent parfois entraîner des actions nuisibles qui minent la liberté, et ont mené à des crimes innommables. C’est la raison pour laquelle le Canada et la majorité des autres démocraties ont adopté des lois pour établir des limites raisonnables sur l’expression de propos haineux.
Jennifer Lynch, c.r.
Présidente
Commission canadienne des droits de la personne